Mission Janvier 2012

Mission de janvier 2012

Pierre Dao, Gérard Trek et Jacques Le Houelleur

Nous débutons la série de missions 2012 pour l’AFRASE, accompagnés de notre président Jacques Le Houelleur. Nous arrivons le lundi 2 janvier à Phnom Penh et nous récupérons très rapidement le matériel d’échographie auprès de M. Catry, à notre hôtel Le Safran. Les cours ne commencent que le mardi 3 janvier car le 2 janvier est un jour férié au Cambodge.

Mardi 3 janvier :

Accueil de la mission par le Professeur Tan Sokhat en salle de réveil de l’Hôpital Calmette. L’essentiel de la matinée est consacrée à la revue des dossiers d’anesthésie de la semaine par le Pr Tan Sokhat  en présence de toute l’équipe d’anesthésie. L’arrivée d’un patient avec une fracture bi-malléolaire donne l’opportunité aux étudiants présents de réaliser un bi-bloc analgésique (sciatique au creux poplité + fémorale). La matinée s’achève par une présentation des 11 étudiants du diplôme et de la remise des carnets de stage par monsieur Le Houelleur. Les étudiants sont répartis en deux groupes qui vont alterner entre l’hôpital Calmette et l’hôpital Kossamak. Les après-midis sont occupés par l’enseignement théorique à la Faculté de Médecine. Les cours sont réalisés avec un support Power Point et projetés sur grand écran. Le premier cours concerne l’enseignement des «  bases physiques de l’échographie » et des «  aspect échographique des différents tissus ». La compréhension de ce cours est difficile, les notions élémentaires de biophysique médicale semblent manquer aux étudiants.

Mercredi 4 janvier :

À l’hôpital Calmette, le programme opératoire est léger. En orthopédie il n’y a aucune intervention programmée. Un patient qui souffre d’une fracture du poignet refuse l’anesthésie locorégionale. Les étudiants réalisent 2 TAP blocs après césarienne. Cela permet de réviser les gestes d’hygiène et surtout la technique d’hydrolocalisation.  Un étudiant effectue un bloc sciatique par voie poplité sous échographie pour une fracture de pied.  À l’hôpital Kossamak, nous réalisons avec succès deux bi-blocs pour fracture de jambe ainsi qu’un bloc interscalénique pour une fracture de l’extrémité supérieure de l’humérus. L’après-midi, les cours portent sur les « techniques de localisation de l’aiguille en échographie » et sur  « l’hygiène en anesthésie locorégionale écho guidée ».

Jeudi 5 janvier :

À l’hôpital Calmette, le recrutement en orthopédie est faible et laisse peu d’opportunité aux étudiants pour pratiquer. Ils réalisent tout de même 4 TAP bloc après césarienne. On remarque que certains étudiants ont le geste précipité et nous leur rappelons quelques règles de sécurité en échographie. Le Pr Tan Sokhat effectue une démonstration de pose de voie veineuse centrale écho guidée.  Pour un patient avec fracture du plateau tibial, le Pr Sam Samana réalise facilement un bloc fémoral sous échographie et un bloc sciatique trans-glutéal sous neurostimulation (la sonde haute fréquence ne permettant pas de voir assez profondément en sub glutéal). À l’hôpital Kossamak, il n’y a pas d’intervention en orthopédie et nous décidons de nous rendre à l’hôpital National Pédiatrique pour y pratiquer un TAP Bloc chez un nourrisson opéré d’une hernie inguinale.

Nous consacrons l’après-midi à réexpliquer les notions fondamentales de la biophysique appliquée à l’échographie.  L’initiative est très bien accueillie par les étudiants et nous permet de corriger certains points non compris.

Vendredi 6 janvier :

À l’hôpital Kossamak, les étudiants réalisent 2 blocs axillaires sans le moindre problème et trois blocs interscaléniques. Pierre Dao et Jacques Le Houelleur sont invités à l’hôpital de l’Amitié Khméro-Soviétique pour réaliser un audit de la pratique en anesthésie loco-régionale dans cet établissement consacré essentiellement à la chirurgie thoracique et digestive, mais pouvant accueillir occasionnellement des urgences en traumatologie. Nous y pratiquons un bloc interscalénique pour une chirurgie de fracture de coude avec un intérêt très prononcé de l’équipe chirurgicale pour l’efficacité de l’anesthésie loco-régionale seule dans cette indication. Nous avons également l’occasion d’effectuer un TAP Bloc analgésique pour une patiente opérée d’une césarienne.

Dans l’après midi, les étudiants passent leur examen théorique. Les résultats sont très bons pour une majorité d’étudiant voire excellents pour les étudiants de l’hôpital Calmette. La fin de semaine se clôture par un diner en présence de tous les étudiants.

Samedi 7 janvier :

Le Dr. Le Houelleur confie officiellement un appareil d’échographie à l’équipe de Calmette, l’autre appareil reste en dépôt chez M. Catry. Le reste de la journée est dévolue à la récupération et à la préparation au départ vers Vientiane.

Nous faisons un rapide bilan de la mission au Cambodge et les conclusions sont identiques à celles des missions précédentes : les étudiants sont toujours très intéressés par l’enseignement, leur assiduité aux cours l’atteste ainsi que les bons résultats aux examens. Deux étudiants ont une note en dessous de la moyenne et dans leur cas, la maitrise imparfaite de la langue française explique pour une large part ces résultats.

Dimanche 8 janvier :

Départ dans la soirée de Phnom Penh pour Ventiane, où la mission retrouve un autre membre, André Joubel. Le programme d’enseignement à Ventiane est le même qu’à Phnom Penh. 5 matinées sont consacrées à la pratique au bloc opératoire et 4 après-midi aux cours théorique en salle de classe ainsi qu’à l’évaluation par QCM de fin de module 1.

Lundi 9 janvier :

Nous récupérons les deux appareils d’échographie auprès de M. Saignavong et nous nous rendons à l’hôpital Mittaphab accompagné de Photivanh, le médecin anesthésiste responsable de l’unité. Le bloc opératoire a été restructuré depuis la dernière mission de 2011 ; les blocs opératoires de chirurgie générale et de traumatologie sont réunis au troisième niveau sur un seul site. L’activité est toujours aussi soutenue avec un nombre important d’interventions en traumatologie. Après de brèves salutations avec le groupe d’étudiants (les mêmes médecins anesthésistes que l’année dernière), nous réalisons deux bi-blocs pour chirurgie de fracture du pied ou de jambe, ainsi que deux blocs interscaléniques pour chirurgie de l’extrémité supérieure de l’humérus. Rapidement, nous constatons que les étudiants ont une connaissance très précise de l’anatomie nerveuse des membres supérieurs et inférieurs. Leur dextérité dans la manipulation de la sonde d’échographie est bonne. De son côté, André Joubel entreprend la réparation d’un ventilateur et la mise à niveau de plusieurs seringues électriques, dans un local à proximité des urgences.

Les étudiants reçoivent un enseignement, l’après-midi, portant sur les «  bases physiques de l’échographie » et les «  aspect échographique des différents tissus ». Comme au Cambdoge, les principes fondamentaux de la biophysique médicale ne sont pas connus des étudiants, rendant la compréhension des phénomènes plus difficile.

Mardi 10 janvier :

Une grosse journée nous attend. Les élèves effectuent sous notre supervision deux bi-blocs pour chirurgie de fracture de jambe, un bloc axillaire chez un enfant de 9 ans pour fracture de l’avant-bras et un bloc interscalénique pour une chirurgie de clavicule. A la demande des étudiants, nous réalisons une pose de cathéter épidural pour une chirurgie de fracture du col du fémur chez un patient à l’état cardiovasculaire précaire.  La titration de l’anesthésie épidurale permet la réalisation de l’opération sans altération hémodynamique significative. Cette alternative à l’anesthésie générale séduit toute l’équipe anesthésique ainsi que le chirurgien : ce type de patient est récusé d’ordinaire dans le service.  Dès lors, nous décidons de renforcer l’enseignement de l’anesthésie péridurale dans les indications de chirurgie du membre inférieur.

Les cours du jour sont les « techniques de localisation de l’aiguille en échographie » et  « l’hygiène en anesthésie locorégionale écho guidée ».

Mercredi 11 janvier :

Encore beaucoup d’accidentés de la route. Les étudiants exécutent avec une aisance remarquable deux bi-blocs pour chirurgie du pied et de la jambe ainsi que deux autres péridurales pour la chirurgie de fracture du col de fémur. L’échorepérage avant ponction péridurale est impossible en raison de l’absence de sonde adaptée. Tai Trit effectue un bloc axillaire chez un enfant de 11 ans pour une chirurgie de l’avant-bras.

L’après-midi, nous entamons les cours de révision avec un rappel des éléments de la pharmacologie des anesthésiques locaux ainsi que de leur toxicité. Nous procédons également à une brève remise à niveau des bases théoriques des cours des premiers jours pour dissiper quelques points mal compris que nous avons pu relever au bloc opératoire.

Jeudi 12 janvier:

Il y a beaucoup d’interventions au programme ce jour et nous sommes bien à la peine pour répondre aux exigences de chirurgiens pressés, tout en préservant une ambiance sereine, propice à l’apprentissage. Toutefois le bilan de la matinée est très bon : une rachianesthésie unilatérale hyperbare, deux bi-blocs et un bloc interscalénique. Le temps d’une pause déjeuner et voilà nos étudiants prêts à répondre aux questions à choix multiples que nous avons préparé la veille au soir. Les résultats de cette épreuve sont à la mesure de l’engagement montré auprès des malades, avec d’excellentes notes pour la majorité des étudiants.

Le soir, tous les membres de la mission ont l’honneur d’être invités par le directeur de l’hôpital à un diner avec l’ensemble des étudiants pour conclure la mission

Vendredi 13 janvier:

Dernière matinée au bloc opératoire avant de quitter le Laos. Jacques Le Houelleur remet à Photivanh un appareil d’échographie avec la charge de son entretien. Les anesthésistes de l’hôpital Mittaphab pourront désormais réaliser des anesthésies loco-régionales sous échographie en dehors des missions de l’AFRASE.

A l’heure de nous envoler vers Paris, nous sommes gagnés par le sentiment du travail accompli et, à la lumière des progrès des étudiants, nous mesurons avec modestie tout le chemin effectué par l’ensemble des missionnaires de l’AFRASE et ce qu’il nous reste à leur montrer…